Le centre Aldo Gentina, de Dakar, a formé des joueurs prestigieux qui jouent dans les championnats européens et au sein de la sélection nationale sénégalaise de football. Jusqu'en 2005, il ne s'occupait que de foot. Depuis, le Collège Africain Sport Etudes ( CASE ) allie formation au football et formation scolaire.
La sirène sonne la fin des cours au CASE. Il est 15 heures. Le calme laisse place à l'agitation d'une cour de récréation comme les autres. Sauf qu'ici, les cartables servent aussi de sacs de sport. Un maillot. Un short. Des chaussettes. Une paire de chaussures à crampons. Sous le soleil dakarois, les élèves deviennent des footballeurs. Depuis 8 heures ce matin, les salles du collège accueillent les 200 écoliers. De la sixième à la terminale.. » Un message relayé par la directrice des lieux, Gnagna Sy : Le collège veut aller plus loin que le joueur de football. Ici, on forme des hommes avant tout. » Mais, tout n'a pas toujours été aussi studieux.
L'histoire naît en 1991 sous l'impulsion d'El Hadj Malick Sy dit "Souris", ancien international sénégalais et accessoirement père de la directrice. A l'époque, "Souris" a l'idée d'une structure qui formerait de jeunes footballeurs dans son pays. Il se rapproche alors de Jean-Louis Camporra, Président de l'A.S. Monaco (club de ligue 1Francaise ). Aldo Gentina, Consul du Sénégal dans la Principauté monégasque, participe au projet. Le centre ouvre ses portes en 1992. S'ensuivent deux ans de partenariat avec le club du Rocher. Les meilleurs éléments rejoignent le centre de formation des rouge et blanc. Parmi eux, Salif Diao, Tony Silva ou Souleymane Camara , membres de l'équipe nationale du Sénégal de la Coupe du Monde 2002. Pour "Souris", le football a besoin d'être « reconnu comme un métier, un vrai. Il fallait l'anoblir. Montrer qu'on pouvait s'élever socialement avec. » Parmi eux tant d'autres sont sortis du prestigieux centre de formation il ya eu Amdy FAYE ( Stoke City ) , Papa Waigo N'DIAYE ( Lecce ) , Massamba Lo Sambou ( le Havre ; preté par l'AS Monaco ) , Moussa N'DIAYE ( Qatar )Jusqu'en 2005, les jeunes ne sont que des joueurs de football. Aucune éducation scolaire. Les deux entraînements quotidiens rythment les journées. Pourquoi ce changement ? Une prise de conscience. « On s'est aperçu que nos joueurs ne savaient pas lire les contrats qu'ils signaient. Il fallait leur donner toutes les chances de ne pas être abusés », témoigne la directrice. L'apprentissage ne s'arrête pas à la lecture et à l'écriture. Chaque élève, en plus des connaissances de base, apprendra un métier. Si possible toujours en rapport avec le foot. « C'est dur de les intéresser. On a cherché des solutions pour les tenir en cours. Alors on leur apprend des métiers qui touchent à leur sport favori », déclare madame Sy. S'ils ne sortent pas joueurs professionnels, les jeunes pourront toujours travailler dans le marketing sportif, dans les administrations ou fédérations.
Des voies permettent de rentrer au CASE. La première, c'est l'entrée sur dossier. Les candidats fournissent leurs bulletins scolaires. Seuls les élèves sérieux sont acceptés. Une sélection permet de choisir les meilleurs joueurs. La deuxième voie, c'est le recrutement. Les entraîneurs et les yeux avertis du collège scrutent les rues à la recherche des pépites de Dakar et du pays, voire de l'étranger nous avons deux nationalités francaises ( Moussa KOITE et Moussa N'DOYE Ici, pas moins de quinze nationalités. Du Mali au Ghana en passant par le Bénin ou la Mauritanie. Pour ces recrues, ils sont bien pris en charge.
L'argent c'est, comme souvent en Afrique, le nerf de la guerre. L'école ne touche pas de subventions. « On roule sur fonds propres. On réinvestit l'argent gagné par les signatures de nos joueurs du temps d'Aldo Gentina », avance Gnagna Sy avant de regretter le manque de moyens. « Si on recevait des sous de l'Etat, on sortirait quatre fois plus de joueurs », affirme la directrice. Le terrain serait un premier investissement. C'est une plage avec deux buts de handball. Rien qui ressemble à un outil de travail digne de ce nom. « On est obligé de louer des terrains gazonnés à l'extérieur pour travailler », s'emporte Alassane Ndoye, coordinateur sportif.
Devenir professionnel, voici le rêve de tous ces enfants. Massamba Thiam, Moussa N'DOYE ou Demba GNINGUE, respectivement 13, 17 et 18 ans, espèrent évoluer un jour dans un grand club européen. Milan, Manchester, Arsenal, Chelsea ou encore Barcelone représentent leur eldorado. Impossible de dire aujourd'hui si ne serait-ce qu'un seul d'eux rejoindra l'une de ces prestigieuses destinations. Beaucoup de candidats pour peu d'élus, le football est aussi un formidable briseur de rêve. Du coup, les enseignants répètent souvent le même discours. Dans la classe de sixième, le professeur s'énerve : « Mais qu'est ce que tu crois ? Que vous allez tous jouer en France ? Si tu ne pars pas. Qu'est ce que tu vas faire ? » En cours de techniques d'expression française, Marcellin-Sébastien Manga interpelle ses élèves de terminale : « Tu peux être une vedette avec tes pieds. Mais si tu n'as rien dans la tête on va se moquer de toi. Tu seras seulement vu comme un nègre qui tape dans un ballon. »
Depuis trois ans, ces phrases trouvent un écho auprès des jeunes. Les résultats scolaires sont encourageants. L'an dernier, 75% des élèves de terminale ont décroché leur baccalauréat. Côté football, les performances sont au rendez-vous. En 2008, trois joueurs ont rejoint les centres de formation de Bordeaux ( Madior ) , Istres ( Alphonse Ba ) et Nantes ( Thiémokho CISSOKO , international sénégalais des -20 ans passé par le Real Madrid et FC Barcelone précédemment ). Il est encore trop tôt pour connaître les fruits du travail du CASE mais si, dans cinq ou six ans, ceux qui ne sont pas devenus footballeurs ont un métier stable, alors le pari sera gagné. Massamba Thiam , Moussa N'DOYE Demba GNINGUE n'ont que l'Europe en tête, mais c'est peut-être un autre continent qui va accueillir les prémices de leur carrière. Trois universités américaines, de Caroline du Nord, de Nouvelle Angleterre et du Connecticut, vont prochainement visiter le CASE pour recruter les joueurs les plus doués. Seul impératif pour eux : réussir les tests scolaires.